Appel à contribution

« Comme les années précédentes, toutes les propositions de communication traitant largement du management des organisations de santé sont recevables, quels que soient leur thème et leur objet. La journée aura néanmoins un thème fédérateur »

 

Le travail et sa régulation dans les organisations de santé. Du risque à l’innovation.

La dégradation des conditions de travail qui abime les corps et fait perdre du sens au travail était au cœur de la grève des soignants du 8 novembre 2016. La santé est en effet le secteur où travail s’est le plus intensifié ces dernières années , résultat combiné d’une enveloppe de dépenses qui augmente faiblement et d’une prise en charge de malades qui se complexifie. L’absentéisme qui en découle , même s’il n’en est qu’un des effets visibles, a le mérite de mettre la santé au travail au cœur des enjeux et réflexions du système. Les organisations de santé sont aujourd’hui mises au défi de s’occuper des risques pour la santé que ce soit pour les évaluer, les prévenir ou compenser leurs conséquences. Ceci ne peut se faire indépendamment de réflexions et actions sur le travail, son contenu, son organisation et sa régulation.

Dans le même temps, des transformations de fond sont engagées sur les formes de prise en charge. La transition épidémiologique transforme profondément un hôpital organisé pour traiter d’épisode de soins aigu, en plateau technique coordonnant des malades chroniques, et dépendant parfois du bon fonctionnement des soins à domicile pour assurer la qualité de la prise en charge. Les évolutions de la société amènent à recevoir un patient plus informé, revendiquant une place dans les décisions de santé qui le concerne. Qu’il s’agisse de reconfigurer la place du patient (personnalisation des parcours, prise en compte de « l’expérience patient ») ou d’envisager des dispositifs pour assurer les soins de patients complexes (plateformes, filières, réseaux), toutes ces transformations organisationnelles exigent de travailler autrement et touchent aux compétences mobilisées, aux identités professionnelles, et aussi aux modes de coordination d’un travail répartis entre acteurs multiples.
Nous proposons lors de ce congrès de remettre le travail au cœur de l’analyse et d’envisager ensemble ses enjeux, ses contraintes, ses risques, ses transformations et ses innovations.
Trois thèmes pourront ainsi être plus particulièrement abordés.
– Les risques du travail. Les risques physiques sont bien connus. Les risques psycho-sociaux font l’objet d’une attention et d’une prise en charge plus récentes. Comment appréhender la notion de risque dans les organisations de santé ? Quel bilan des actions de prévention entreprises ? Les actions sont-elles capables d’aller au-delà d’un langage et d’un outillage maintenant bien maitrisés par les spécialistes de la prévention mais qui peinent à s’implanter réellement dans les situations concrètes de travail ? Comment modéliser les organisations de soins et les situations de travail pour rendre compte des contraintes et leviers de prévention ? Quelles théorisations de l’action pour comprendre les changements de pratiques attendus ? Que savons-nous sur l’exposition aux risques de catégories moins représentées et étudiées ?
– Les nouvelles organisations du travail. Les établissements ne cessent de chercher de nouvelles manières d’organiser le travail pour répondre aux enjeux de GRH, compétences, rétention, emploi, gestion de carrière, mais aussi pour obtenir des gains de productivité, de flexibilité et de qualité. Il s’ensuit des actions sur le temps de travail, sur la polyvalence ou sur la spécialisation, des créations de nouveaux types de postes, des délégations de pratiques et des pratiques avancées, de nouvelles manières de circonscrire des collectifs de travail. De quels outils d’analyse dispose-t-on pour évaluer et comprendre les échecs et les succès de ces transformations ? Que sait- on aussi de leurs capacités à être facteurs de prévention ou d’amplification des risques pour la santé ?
– Travailler autrement pour prendre en charge autrement. Les prises en charge se complexifient et engagent des acteurs multiples ; la ville et l’hôpital, le sanitaire et le social, doivent coopérer. Les frontières des organisations deviennent floues. Dans le même temps, il est reconnu qu’il convient de modifier la place donnée au patient pour en faire un acteur à part entière de la prise en charge .De nouvelles technologies comme la télémédecine introduisent de nouvelles pratiques. Ces évolutions ont des conséquences sur la manière de travailler ensemble et crée de nouveaux besoins de coordination. Comment modéliser et théoriser les transformations en cours ? Dans quelle mesure ces évolutions exigent elles d’innover sur l’organisation du travail et de transformer son contenu ? Quelles en sont les conséquences sur le sens donné au travail par ceux qui l’exécutent ?

[1] Pour les établissements de santé, voir DARES Analyses (2014), Conditions de travail, reprise de l’intensification du travail chez les salariés, n° 049.

[1]Une étude réalisée par Sofaxis calcule un taux d’absentéisme dans les établissements hospitaliers publics de 13 % en 2015. Sofaxis (2016), Regard sur les absences pour raison de santé dans les établissements hospitaliers en 2015.

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